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LES GORDON GRAVIT L’ATLAS

De retour avec un nouvel Ep, Marc Mifune ou Les Gordon gravit les échellons, les étapes de sa carrière avec succès. La Distillerie le suit de près depuis ces débuts, un article l’année dernière et aujourd’hui une interview bien léchée d’un producteur et musicien avec la tête sur les épaules et le talents des plus grands.

Marc, nous avions déjà réalisé une chronique de ton EP «Les saisons» chez La Distillerie, donc nous on te connaît un peu mais pour nos lecteurs qui te découvre ici, pourrais-tu te présenter et nous en dire un peu plus sur toi et ta vision de la musique, celle que tu affectionnes et que tu transmets à travers tes compositions ?

Bonjour, je m’appelle Marc Mifune, je suis rennais. Musicien à plein temps depuis peu je compose sous le pseudonyme de Les Gordon depuis près de trois ans et demi. Ma musique peut s’apparenter à un mix de guitares acoustiques triturées avec des touches de violoncelles, autoharpes, et autres sons d’instruments samplés avec une rythmique assez electronica. Pour ceux qui ne me connaissent pas, ma musique s’apparente à des sons similaires à Four tet du début, Bonobo, des sonorités mélodiques proches de Kings of Convenience pour les guitares, un côté un peu Hood aussi. Une certaine volonté de faire bouger avec des rythmiques tantôt similaires à Lxury, TEED, tantôt plus posé comme Mura Masa ou Sam Gellaitry.

Parlons de cette erreur de prononciation à la française ! Tu nous confirme c’est bien l(é)s Gordon ? Peux-tu nous parler un peu plus en profondeur de tes influences anglo-saxonnes et tes inspirations ?

Oui « Less » Gordon, voire « Less is more » ! Le côté inspiration du côté des anglais, j’ai pu me nourrir d’influences de labels éléctronica comme Warp, Ninja Tunes, mais pas que, aussi un label comme Morr Music en Allemagne m’a beaucoup influencé sur ce côté électronica mêlé de sons acoustiques. Four Tet a été un point de départ sur le commencement du sampling dans ma démarche artistique. En ce moment, Soundcloud prend beaucoup le relai de découverte, il y a beaucoup de choses intéressantes à découvrir quand tu commences à bien t’y intéresser, c’est un vivier d’artiste dans lequel je m’inclus. Mais il est vrai que aussi bien ma formation classique m’influence, lorsque j’écoute des concertos de piano, autant que de réécouter un album d’Aphex Twin par exemple.

Tu as fait les Beaux-Arts, comment se traduit cette facette de ta personnalité et de tes compétences dans ton projet Les Gordon ? As-tu par exemple, un regard plus exigeant sur l’oeuvre globale que tu délivres à ton public ?

La qualité artistique est primordiale. Le fait d’avoir pu faire les beaux-arts engendre un vrai questionnement lorsque je compose, est -ce que ce son est à sa place? quel est son véritable rôle au sein de la chanson ? quelle direction je souhaite entreprendre dans l’histoire que je délivre dans mon EP ? La facette graphique et l’univers que je donne à voir est aussi important, ce cheminement des beaux-arts et d’école en dessin m’a appris à bien contrôler cet univers justement, je crée chaque pochette de mes EP’s par exemple.

Les Gordon - ©Flavien Prioreau Photographe

A travers tes projets, un fin travail de samples d’instruments (à cordes, à vent..) et de vocaux se fait ressentir. Qu’est-ce qui te fascine dans cette technique de composition (le sample en général) ?

C’est un apprentissage de vie je dirais. Le sampling est une façon de composer inhérente à ce projet pour moi, je sample moi-même mes instruments comme la guitare, le violoncelle, l’autoharpe, ce qui donne un cachet particulier à mes chansons. Les voix sont samplées à partir d’échantillons de voix de chanteurs que j’ai pu remixer auparavant. La boucle quand elle se répète crée une émulation qui m’amène à sampler par dessus et ainsi commencer à composer un morceau.

Depuis ton Ep les saisons, penses-tu avoir mûrit en tant qu’artiste et dans le cheminement de ta carrière ? Sur quels aspects ?

Mon EP « Saisons » est le point de départ de la recherche du son que j’avais. Pour m’expliquer il y avait ce concept et ce point de départ de trouver ce son sur lequel je m’accordais à dire un mix d’instruments acoustiques et d’électroniques, donc à partir de ce EP on peut dire que c’est le début de cette trouvaille. « Les cheveux longs en a été ce prolongement et pour les prochains EP comme « Atlas » il y a encore plus cette recherche affirmée, donc toujours une recherche d’expérimentations au fur et à mesure des EP’s. Le fait de mûrir pour moi est un exercice en continu. Mais on peut s’accorder sur le fait que depuis EP’s j’ai pu parcourir un bout de chemin qui m’a amené plus loin oui.

Les Gordon - © Flavien Prioreau Photographe

Pourrais-tu nous conter ton rapprochement sous l’étendard de Kitsuné ? Comment cela s’est-il concrétiser et pourquoi ce choix ? Peut-être l’attrait de la culture asiatique (vu sur le graphisme de tes EP Saisons et Croquis N°1) ?

Kitsuné a pu contacter mon tourneur pour que je puisse faire une date au Nuba à Paris pour une soirée Kitsuné. Par ce biais, l’équipe de Kitsuné a pu découvrir mon son et ils ont été intéressé par mes musiques. On a pu les rencontrer et on s’est mis d’accord que je pourrais leur présenter un nouvel EP qui pourrait être le fruit d’une collaboration entre eux et moi. J’ai donc pu travailler en juillet sur l’élaboration d’ »Atlas », EP qui leur a plu et donc voilà comment cela a commencé. L’envie de pouvoir collaborer avec Kitsuné est un attrait musical et aussi le fait de mes origines asiatiques (mon père est taïwanais et mon grand-père était japonais). Cela a fortement influencé mon choix vers ce label.

Dans cet EP ATLAS, tes compositions fricotent de manière récurrente avec des restructurations, des textures et découpes de samples vocaux. Pourrais- tu nous expliquer ce parti-pris artistique et comment tu procèdes dans le choix et les découpages de ces voix ?

Le découpage de voix a commencé avec « Saisons », il s’est prolongé dans « Les cheveux longs » et s’est encore plus développé dans « Atlas ». L’idée est de créer une chanson, comme une chanson pop, avec une rythmique, une mélodie guitare, une basse et un chant. Même si les paroles ne veulent rien dire car je sample des bouts de voix, comme une volonté de créer un gimmick.

Les Gordon - Ableton Live

Nous définirions ta musique comme l’alliance entre l’acoustique et l’électronique. De plus nous savons que tu travailles sur Ableton Live, peux-tu nous parler de ton attrait pour ce logiciel ?

Oui Ableton, je m’y suis mis vraiment à partir de l’élaboration de « Saisons », donc peu de temps. J’étais sous Reason et Logic avant, mais je trouve que Ableton Live a une palette incroyable en terme de simplicité. Je l’utilisais seulement comme un logiciel de live auparavant et je me suis aperçu qu’en commençant à composer dessus ça m’a un peu simplifier la vie sur le travail du mixage, j’y voyais plus clair. Donc pour moi en ce moment c’est vraiment l’outil principal sur lequel je souhaite encore plus évoluer.

Tu distilles une musique légère, douce et dansante comme une brise de fraîcheur qui procure joie et bonheur à ceux qui l’écoute. A travers les titres de cet EP, que souhaites-tu faire ressentir à tes auditeurs ?

Atlas est une histoire de montagne, un voyage entre ces monts, le retour sur le « Rivage » et différents « Horizon ». Cela a été un travail assez pointu quant à la thématique entreprise.

Le premier titre Atlas a été le point de départ de ce « voyage ». J’ai pu construire l’EP comme un chemin. J’espère que l’auditeur ressentira cela comme j’ai pu le composer.

Leska

Duo avec (Thomas) Douchka ? LESKA ? Peut-tu nous raconté le pourquoi du comment ?

Il y a un an que j’ai rencontré Thomas sur une soirée étudiante où l’on jouait respectivement sur nos projets solos. Du coup on a gardé contact à la fin de la soirée et on était censé juste se revoir pour se poser et discuter et écouter quelques vinyles. Ca a été plus fort que nous il a fallut allumer Ableton Live et là c’était terminé ! en gros on a commencé à composer comme un jeu mais c’est devenu une habitude. Voilà le début de Leska, ce qui nous a amené à ouvrir pour La fine équipe en octobre à Rennes à l’Antipode.

Duo avec SNGPR (Singapour) avec Roman Oswald ? Une amitié, un duo depuis tes débuts ? Expliques nous les détails de ce projet et pourquoi il te tiens à coeur ?

On a commencé en 2007 avec le projet Mondrian, c’était de la pop en anglais. On a continué à travailler les chansons mais Roman a voulu chanter en français à un moment donné et on a pu aussi avoir un son moins pop un peu plus électro, donc on a switché en SNGPR. A la base, on s’est rencontré à St-Jean-de-Mont via des amis au tout début, on avait pu parlé de musique, notamment des Strokes et de Franz Ferdinand, ce qui nous a amené à faire aussi de la musique ensemble par la suite. Oui c’est une amitié avant tout et de la musique qui en découle !

Parles nous du dernier EP «Angles Surprises», des filles et du lait à la fraise ?

Oui ce dernier EP se raccroche à une branche plus électro voire Hip hop sur les filles lait-fraise. Roman a commencé à développer son flow et sur la dernière chanson que l’on a composé « Je danse, je boxe », il y a bien cette ré-affirmation de poser encore plus les mots et de délivrer de la place à la voix pour qu’elle en devienne presque le centre. C’est un mélange d’acoustique avec mes guitares, d’électro un peu plus posée.

C’est important pour toi de continuer à développer des projets en binôme ou accompagné, en parallèle de «Les Gordon» ?

Oui c’est important de ne pas s’enfermer dans sa bulle et de tourner en rond avec les mêmes sonorités que l’on ressasse. Il faut pouvoir collaborer, tester de nouvelles choses, avoir une émulation, je trouve que c’est un besoin même. Le fait de créer à plusieurs change ses propres habitudes, on ne doit pas rester ancrer dans des choses acquises, il faut constamment se renouveler.

Tu passes par les Trans Musicales de Rennes en cette fin d’année, un retour aux sources puisque ton éclosion sur scène avait eu lieu lors de ce festival en 2013 ? Quelles relations entretiens-tu avec ce festival Rennais tout comme toi ?

Mon concert se fera au Bars en Trans cette année. C’est évidemment très important pour moi car c’est mon public de Rennes qui sera là, mes amis. Le fait d’être passé en 2013 avant Stromae m’a permis de pouvoir être crédible aussi par la suite, ça m’a apporté beaucoup de bonnes choses, et depuis l’année dernière le projet s’étoffe, l’équipe professionnelle aussi. Donc on va continuer dans cette voie là !

Qu’est ce qui se prépare pour toi en 2016 ?

Je m’attèle déjà à mon nouvel EP, la suite d’ « Atlas », je fais aussi de nouvelles collaborations de voix, un morceau a été déjà été dévoilé en live, c’est une featuring avec la chanteuse ADI. Donc toujours des concerts aussi j’espère pas mal dans toute la France, car pas mal de fans me demandent si je vais revenir dans leurs régions ou venir tout court pour jouer.

Une dernière question, quel jeune artiste prometteur, selon toi, se cache dans tes écouteurs en ce moment ?

Je pense à Mura Masa, c’est à suivre de très près !

On vous laisse sur sa version remixée de son EP « ATLAS » par des artistes comme Douchka ou Roisto :

Merci Marc Mifune, Sandra Nicolas et Maxime Lecerf (Kitsuné).

Propos recueillis par Julien Gatto.