La Distillerie

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Love Meter du Pitchfork Paris 2017

Joie immense de participer à cette édition 2017 du Pitchfork Festival Paris. La Distillerie a pris la température de cet évènement tout au long de ces nuits d’ivresse et d’amour pour la musique. On a eu un crush d’amour pour certains artistes en particulier, voici notre « Pitchfork Love Meter ».

samedi 4 novembre – Pitchfork Music Festival Paris 2017

Pitchfork Music Festival Paris 2017 jour 3 Retour sur la dernière journée de cette 7ème édition, avec Run The Jewels – The Black Madonna – Talaboman – BADBADNOTGOOD – Bicep FEEL MY BICEP – Jacques – Loyle Carner – The Blaze – Princess Nokia – Tom Misch – SÔNGE – Sigrid #P4KparisVidéo : Célestin Soummusique : The Black Madonna " He is the voice I hear"

Publié par Pitchfork Music Festival Paris sur mercredi 8 novembre 2017

> DAY 1 & 2 <

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CHASSOL

En toile de fond, un documentaire sur la Martinique, là où prennent les racines même de la culture et de l’inspiration de Christophe Chassol. Le pianiste de génie a endossé les habits d’un documentariste en voyage sur la belle île de Martinique. À travers l’objectif de sa caméra, Chassol capte la vie de l’île, l’atmosphère profonde qui s’en dégage. L’ambiance créole est embellie, saisie au vol, saisie sur le moment à l’instinct au gré des rencontres avec les peuples de cette île. Animaux et humains s’expriment de leurs plus belles voix. De l’énergie frénétique du carnaval de Fort-de-France à la scène, Chassol joue de ses touches noires et blanches pour vous transporter, le temps d’un concert, sur les côtes exotiques de « l’île aux fleurs ». L’épopée ‘Big Sun’ repose sur la mise en musique des images captés lors de ce voyage, ce qu’il appelle « l’ultrascore ». Un projet artistique léché où la science de la musique de Chassol prend tout son sens. Au rythme de ses SOL, DO, MI FA, Chassol traduit ses émotions pour vous les transmettre sur scène avec justesse et l’excellent batteur Mathieu Edward à ses côtés.

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SYLVAN ESSO

Découvert lors de leur passage à l’Épicerie moderne (Feyzin) il y a de cela quelques années, Sylvan Esso nous avait déjà conquis ! Comment ne pas tomber amoureux de ce duo.
Lui et Elle, elle et lui, deux artistes complémentaires dont le mariage artistique fonctionne si bien. Elle, Amelia Meath, nous ensorcèle avec sa voix maîtrisée, envoûtante dont elle use avec une facilité déconcertante. Lui, Nick Sanborn, distille ses mélodies électroniques et organiques pour faire décoller vos pieds du sol et propulsé votre esprit dans le cosmos de la fête. Amelia fait partie des rares chanteuses à vous contaminer par son énergie. Elle possède une prestance et un charisme fou sur scène, au fil des titres lancés par Nick, elle déstructure son corps comme possédée par les effluves musicales qui se propagent dans tous ses membres. L’euphorie de la foule face à ce live était indescriptible, les mains s’agitaient, les cheveux détachés des filles participaient aux mouvements de la foule, dansant sous les feux des projecteurs et tous atteint d’une maladie d’amour pour ce duo américain. On se promet de retourner les voir pour se faire du bien aux yeux comme aux oreilles.

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JUNGLE

Enfin voici le retour du groupe Londonien, Jungle (XL Recordings) !
L’esthétisme fût une fois de plus au rendez-vous, un show lumineux, énergique et quadrillé nous a encore rempli nos jauges d’émotions fortes et de vitamine C. Toujours une pinte à la main, les yeux écarquillés devant la nouvelle scénographie des prodiges londoniens. Un large panneau lumineux est dressé derrière le band avec le nom du groupe dans sa police spécifique. Un Jungle de dorures qui résonnait de brillance à chaque beat et refrain. Les mélodies de Jungle prennent possession de votre âme, un refrain gravé en tête et les jambes qui fredonne les couplets. Pour annoncer leur nouvel album, les Londoniens prennent leur temps et soignent leur retour au devant de la scène. Ce sont quatre nouveaux titres qui ont été ajouté à la tracklist, on s’est réjouie d’avance à l’idée de découvrir les nouveaux hits du groupe. La recette est la même, dosée à souhait de tous les ingrédients d’un show exaltant ! Drops nous fait chavirer en apesanteur dans la grande halle de la Villette lorsque Time nous rappelle qu’il est bientôt l’heure de la fin du set. Le banger du groupe résonne pour le rappel sur scène, les ombres des musiciens remontent des coulisses et la foule pousse les murs industriels de la halle pour se démembrer au rythme des time, time again de Josh Lloyd-Watson et Tom McFarland et de leur magnifiques choristes Rudi Salmon (elle) et Andro Cowperthwaite (Lui).

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TOM MISH

Nous attendions avec impatience de voir le live de ce jeune prodige anglais, Tom Mish. Ce musicien au talent précoce diffuse une musique d’âme, il transpire la soul à l’état brut et distille ses riffs de guitare avec une précision chirurgicale. On assiste alors à une jam entre musiciens, une jam entre amis et en famille avec l’apparition de Laura Mish, sa soeur saxophoniste. Le talent inscrit dans leur code génétique frappe les spectateurs curieux venus profiter de son concert programmé au plus tôt dans la soirée. Le partage et la saveur de ces morceaux comme ‘South of the River’ ou ‘Sunshine’ créent une bulle de chaleur intime tout autour de vous. Comme un massage aux pierres chaudes, ces morceaux vous réchauffent le corps de l’intérieur. Ce visage angélique aux cheveux blonds ouvre les hostilités du troisième soir avec le groove comme arme fatale. Déjà séduit, nous sommes conquis par une prestation de vrais musiciens, les instruments s’entremêlant parfaitement. Tom Mish nous invite dans son salon, dans son home studio, chez lui à Londres. On déserte, en fin de concert, le devant de la scène avec l’impression familière d’avoir appris à le connaître. Comme un coup de soleil qui brûle, celui qu’on attrape chaque été avec l’envie de se rebrûler un peu plus pour dorer sa peau, Tom Mish vous illuminera à chaque concert.

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LOYLE CARNER

Naviguant entre la foule au milieu de la grande Halle de la Villette on entend résonner la chorale gospel de ‘The Isle of Arran’. Les gens accourent nombreux pour voir l’ange du south east London prendre le microphone. Rebell Kleff, ami, DJ et rappeur de Loyle Carner, est le gardien de la bibliothèque des instrumentales, à chaque morceau, Loyle Carner nous livre un nouveau chapitre de sa jeune vie bien remplit. Un sofa, une lampe de chevet, un grand maillot de United floqué à son nom et une devanture de bibliothèque en guise de support pour Rebel Kleff font basculé l’imagination de la foule dans une villa anglaise. Pas de contes seulement la vérité et le vécu. Loyle Carner c’est avant tout un artiste authentique, une histoire forte et un projet intimiste au plus proche de sa personnalité. Son album fait partie de lui et il nous le fait ressentir sur scène. Au coeur de la grande scène du Pitchfork, Loyle résorbe toutes les artères avec une énergie folle et communicative, les mètres carrés nous semble alors dérisoire tant il s’agite pour nous séduire. Son hyperactivité, son inattention (TDAH) et sa dyslexie sont devenus ses forces, des atouts que peuvent enviés tous les rappeurs du moment. Pour la dernière date de sa tournée européenne, Loyle et Rebel Kleff donnent tout, la joie est palpable chez les deux amis tout autant que dans les yeux des festivaliers. Maillot de Manchester United de son papa à la main, Ben de son vrai nom, se confie et varie les flows de ces titres. Ain’t nothing changed, Loyle est toujours le même, et les londoniens venus en nombre lui sont déjà fidèles. Florence écrite en hommage à la petite soeur qu’il n’a jamais eue, nous explique-t-il est un morceau pour consoler sa mère de « n’avoir eu » que deux boys à la maison. Touchant, palpitant et vrai, voilà qui est Benjamin Gerard Coyle-Larner, un artiste à aimer, adoré si ce n’est pas déjà fait.

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BADBADNOTGOOD

LE LIVE SUR CULTUREBOX !

Les quatre savants de BadBadNotGood nous ont offert un concert de fusion Jazz Hip Hop fantasmagorique. Le constat est simple, la scène du Pitchwork accueille là des génies sur chaque instrument. Les prodiges de Toronto ne font pas dans la simplicité, leur musique est une prouesse de musiciens avec des arrangements parfaits. Le talent est mis en scène au moment de sortir de la ligne d’accords prédéfinis pour jouer avec les notes, le temps d’un ollie maitrisé, et retomber sur la rampe de leur morceau. Matthew Tavares au clavier, Chester Hansen à la basse, Leland Whitty au saxophone et à la flûte traversière, Alexander Sowinski à la batterie rayonnent par leur nonchalance. Une jeune bande de canadiens qui se cachent sans surprise derrière un nombre impressionnants de hits (Kaytranada, Snoop dogg, Ghostface Killah, Kendrick Lamar ou Tyler The Creator). Quand Leland Whitty fait sonner sa flûte traversière pour Lavender les frissons se propagent de peau en peau, de visage en visage. L’écho des instruments provoque un état de transe intense. L’oreille avertie, le palpitant qui s’emballe j’ai la nuque engourdie. Une vague de hochement de tête d’avant en arrière se lie à l’horizontal, à la vue de la canopée formée par la cime des visages des festivaliers. Les prouesses du bassiste et du batteur nous font cocher la case expert sur leur fiche artiste. « Too good to be bad » voilà comment chacun doit lire la musique des BadBadNotGood.

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THE BLAZE

LE LIVE SUR CULTUREBOX !

00:50, un cube à deux faces surplombe la scène du Pitchfork. L’heure est venu de prendre flamme sous les beats du jeune duo de producteurs français, The Blaze. À la lueur d’un briquet et d’une introduction cinématographique, The Blaze font rugir leurs machines et leur aura transperce les écrans cubiques. La scénographie est soignée, délicate et pure. Quand l’image est au service de la musique cela donne un spectacle hypnotique et féérique. Derrière ces rideaux de leds se cachent les deux cousins Guillaume et Jonathan , ‘it’s a family affair’ comme dirait certains. Quand l’un a étudié en école de cinéma à Bruxelles et l’autre, compose déjà en solo sous le nom de ‘Mayd Hubb’ cela donne des clips puissants associés à une soundtrack d’envergure internationale. Face à Face les liens du sang se transforme en alchimie artistique, leurs voix emplies d’effets résonnent sur les parois de la Halle. La Villette s’illumine, tout le monde les attendait. Les jeux de lumières accompagne les rythmiques froides et lancinantes de The Blaze. Comme une étincelle dans la nuit, la foule s’embrase et s’embrasse. À la fin de ce court métrage poétique, le public est en fusion, les regards se croisent et dérivent jusqu’à la scène quand le cube se referme. Les crédits défilent et les gens s’éparpillent entamant leur débriefs par des adjectifs orgasmiques.

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LES BAD CRUSH

Dans l’ombre de la courbe d’amour que nous vous avons exposé plus tôt, nous tenions, pour une fois, à laisser vaciller nos mots dans la critique. On se rappelle de certains artistes qui nous ont marqué, non pas par leur prestation mais par le vide artistique. Princess Nokia, nous l’attendions avec impatience, dommage pour elle, le réseau s’est emballé et la fréquence a saturée. Le portable en Edge face à son playback pop-up. Où est la prouesse artistique, l’expérience live lorsqu’on se cache derrière la bande son de son propre titre. Le gangsta rap qu’elle prône perd de ses muscles au fur et à mesure de son show. Pas de body-bulders à l’horizon, seulement la princesse déchue et son DJ qui tentent tant bien que mal de convaincre ses fans. On pourra inclure Ride, groupe d’indie rock en mode revival qui n’a pas su élever sa prestation, nous n’avons ressenti aucune sensibilité et ce fût un retour bien plat à notre goût.

 

Nous avons finis le festival, fatigués, heureux et toujours plus assoiffés des musiques distillées par des artistes de talent. Nous espérons vous avoir transmis cette flamme, ou de l’avoir, juste un instant, ravivée avec nos mots et leurs musiques.

Articles rédigés par Julien Gatto

Photographies par Pooneh Ghana, Vincent Arbelet et Alban Gendrot.

Vidéos par Célestin Soum.