La Distillerie

All | Interview | Review | Video La Distillerie
FR EN

Mr Assister, du bongo-donk de haut vol

Qui est Mr Assister, l’autre part du batteur ?

Mr. Assister c’est mon humble contribution artistique à la sphère bongo-donk déjà bien saturée.

Lorsqu’on est batteur avec un groupe, autour d’un artiste, où les représentations sur scène en tournée sont très récurrentes, est-ce facile de trouver le temps pour soi et pour sa musique ? Au contraire est-ce que cela participe ou stimule le processus créatif ?

Être en tournée c’est très épuisant mais c’est souvent sur des périodes courtes, ce qui me laisse du temps pour me concentrer sur d’autres projets entre temps. Ça implique aussi pas mal de temps à attendre, et si on met ce temps à profit, il peut être utile et productif. James (Blake) et Rob (Airhead) eux aussi passent constamment leur temps à travailler sur de nouvelles choses. Le fait d’être avec eux m’apporte une super motivation et des inspirations musicales bien que leurs capacités et niveau de productivité peuvent être intimidant !

Faire le tour du monde en donnant des concerts a été une superbe opportunité de découvrir de nouvelles musiques et nourrit mes productions de pleins de manières. Je suis tombé toutes sortes de concerts très intéressants lors des festivals où nous jouions, et j’essayais d’aller le plus possible chez les disquaires. Bien que les gens ont tendance à penser qu’internet homogénéise les goûts musicaux dans le monde, je trouve que la plupart des disquaires présentent un aperçu très clair des différentes scènes locales, nouvelles ou anciennes. J’ai de quoi être chanceux sur ce point puisque je trouve qu’internet est à la fois un endroit très peu inspirant et envahissant pour trouver de la musique.

BEAM 03 est sorti début avril, et au même titre que BEAM 01 et BEAM 02, le projet contient uniquement 2 titres. Peut-on savoir pourquoi ?

En fait la simple et bonne raison autour de ça, c’est que je suis extrêmement lent pour faire de la musique. J’arrive à peine à sortir un album par an pour le moment !

Mais en même temps je trouve qu’avec la grande quantité de Dance music, les gens ont tendance à acheter des albums juste pour obtenir une chanson/track en particulier. Bien sûr qu’il y a des EP qui possède une forte cohérence sur le long, mais j’ai l’impression d’avoir à payer 10-15£ alors que je sais que j’écouterai seulement 1 ou 2 tracks d’un EP… Aussi, ma musique d’adresse surement plus à un public de DJs que de ‘simples’ auditeurs, et je dois dire qu’en tant que DJ j’apprécie énormément que les tracks soit bien pressées sur une seule face du vinyl, en souvenir du bon vieux vinyl 12 pouces !

Ta musique est éminemment rythmique, on retrouve dans BEAM 03 des percussions soutenues et des notes sifflantes qui donnent un côté très underground, presque industriel. D’où te viennent ces inspirations technos ?

J’avais une totale aversion à propos de toutes les formes de house ou techno jusqu’au début de la vingtaine. J’ai grandi entouré par les rythmes syncopés, avec peu d’attention aux musiques et aux structures du son UK, qui n’avait pas sens à mon goût. À partir d’un moment, mon très bon ami Harry a réussi à m’embarquer avec lui dans des soirées techno, dans le style des soirées berlinoises, et je pense que j’ai eu un déclic. En tant que batteur, j’ai toujours été attiré par le groove plus que par la variation. Je suis resté bloqué dans ce genre d’étrange moment où le beat vous paraît si satisfaisant que vous pouvez le répéter en boucle, encore et encore.. Je pense que la techno a su m’attirer de par ce sentiment, le fait de pouvoir ajouter des machines pour que la répétition puisse être étendue à l’infini.

J’adore danser sur de la techno, mais le fait d’acheter des enregistrements Techno reste encore rare. Il y a tellement de productions aujourd’hui, comme un immense banc de poissons qui m’effraie à l’idée de plonger dedans et en découvrir toujours plus.. Je trouve aussi que beaucoup de productions contemporaines sont trop propres, et même si ça peut rendre super bien sur des gros systèmes son, c’est voué à l’échec dans des petits sous-sols sombres. Depuis que je vais aux soirées World Unknown de Andy Blake dans le sud de Londre, je me sens de plus en plus attiré par les morceaux de vieille Trance, et même vers… de la House Prog ! Il y a quelque chose d’incroyablement hypnotique dû aux lignes de basse Acid, composées d’une note simple et glissante, et en plus, la plupart des albums ne sont vraiment pas cher … Cela me fait penser à Psychic Warrios Ov Gaia, Gary Martin’s Teknotika label, ou le Label Italien et tribal qui prônent des sonorités plus cosmiques, et qui combinent des samples de percussions organiques avec des synthétiseurs et des batteries électroniques.

Il y a également quelque chose de spécial à propos des productions DIY, moins polies dans leur style de cette époque, qui aide à marier les éléments ‘naturels’ et synthétisés. Ça m’attire bien plus que le fait d’être ouvertement lo-fi. C’est difficile à dire, comme je n’étais pas là, mais j’ai vraiment l’impression que beaucoup de chose des années 90 ont été faites en pensant spécifiquement au dancefloor et aux danseurs en arrière-pensée. Les albums Dance ont été créés pour avoir un effet sur cette expérience privée/publique bizarre qui a lieu à travers la danse. Et ils sont pour moi bien plus intéressants que les albums destinés à la blogosphère !

Dans un esprit similaire mais plus actuel, j’ai été constamment inspiré par beaucoup de chose venant de Düsseldorf récemment (comme beaucoup d’autres bien sûr !). Lena Willikens, Vladimir Ivkovic entre autres, tiennent vraiment un truc en ce moment et méritent amplement leur récent succès ! Direct mais funky, mécanique et flottant, industriel mais avec humour. Les sets de Vladimir en particuliers m’ont ouverts les yeux sur le fait de pouvoir mélanger une sensibilité techno sur des tempos sur lents, ce qui crée de l’espace pour un groove plus subtile et souvent plus sexy

Pourrais-tu nous commenter la mixtape que tu as offerte à Radio Nova Lyon pour l’émission Ride The Rhythm ?

Bongo médium. Lent mais pas morose, ‘trance not trance’, 33 tours pas 45.

BEAM 03 est disponible uniquement sur vinyles. Est-ce par purisme de la qualité du son, ou simplement par nostalgie du bon vieux tourne-disque ? 

En fait BEAM-02 et BEAM-03 sortiront aussi en digital dans quelques semaines ! Quand j’ai débuté ce label BEAM, je me suis dit de manière inconsciente que ça serait essentiellement sur vinyle, parce que c’est comme ça je consomme la music en général. Cependant, juste après avoir sorti BEAM-01 sur vinyle, beaucoup de gens m’ont demandés pour une sortie digital, et je me suis donc plié à cette forte demande… Je préfère donner l’occasion au gens de se procurer de bons fichiers MP3 plutôt que de forcer les gens qui n’achètent pas de vinyles à télécharger des vinyls piratés et douteux (ou pire, sur Youtube) !

Beaucoup d’histoires sont faites autour de la qualité de son du vinyle. Avec de bonnes conditions, je pense que le vinyle dégage une sensation de chaleur imbattable, et lorsque le volume d’écoute est élevé, ça reste puissant sans être envahissant. Malheureusement, la plupart des clubs ne disposent pas de tels aménagements, et c’est donc la qualité mp3 qui sonne alors mieux que certains vinyles…

Je ressens qu’il y a une forte culture du “vinyle” dans laquelle je m’identifie, notamment grâce à la sauvegarde des interactions humaines et des associations locales, sans parler des shops de vinyles et disquaires. Je ne m’appelle pas pour autant un ‘puriste’. La consommation de vinyle peut avoir un côté négatif qui se manifeste au mieux par une forme de snobisme superflu, et au pire, par un fétichisme de marchandise opportuniste et destructeur.  En soir je n’ai rien contre la musique digitalisée, je me trouve juste vite perdu dans la quantité de musique disponible en ligne, et préfère la tangibilité qu’offrent les vinyles. Il y a assez de personnes capable de s’approprier internet d’une bien meilleure manière que moi-même, alors je leur laisse !

Comment vois-tu évoluer Mr Assister dans le futur ? Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter ?

Bonne question… Pour être honnête je n’ai pas de plan préconçu. Mais à partir du moment où je continue de sortir cet étrange album, et d’aider les gens à garder un souvenir vaguement mémorable, et si je puis dire, transformateur, de leur expérience sur le dancefloor, alors je suis content. Dans un futur plus proche, je suis impatient de déménager dans un nouveau studio fin avril, et suis très enthousiaste à propos de ma BEAMING party avec Mama Snake qui arrive le mois prochain !

 

Merci de m’avoir reçu… xx

 

Merci à toute l’équipe de Radio Nova Lyon, Ben aka Mr Assister ainsi que nos radio hosts Tushen Raï & Cornelius Doctor.
 

Interview par Jean-Baptiste Bland & Julien Gatto

Traduite parJean-Baptiste Bland.