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Mytron & Ofofo, entre chaleur tropicale, house & fusion multiculturelle

C’est sur les ondes de NOVA Lyon et calés à l’arrière du char auditif de Tushen Raï et Guillaume Kläaar qu’on galope jusqu’en territoire tropical, entre chaleur, house, et mélanges culturels, pour cette nouvelle émission de Ride The Rhythm qui nous mène à la rencontre des énigmatiques Mytron & Ofofo, nouvel ovni venu des planètes Bordello A Parigi record et Multi Culti records.

Les roues du char crissent, les chevaux hennissent, les platines crépitent, le mix se lance et l’interview suit…

Pouvez-vous nous raconter votre rencontre à travers vos résidences à Peckham et Hackney comme si c’était un conte ?

Une fille et un garçon se rencontrèrent en Hollande et ils vécurent heureux…

Jacek : Après plusieurs années, ils déménagèrent à Londres. Alors, Jacek commença à jouer régulièrement dans un club à Peckham et à y promouvoir des shows. A un certain moment, Jacek invita Sasa à venir à Peckham pour passer quelques galettes en tant que In Flagranti.

Sasa jouait lui aussi régulièrement dans un club à Hackney où Jacek aimait se rendre pour la bonne musique qu’on y jouait. Ils s’y retrouvaient souvent. Un jour, Jacek fit écouter à Sasa un album de rock psychédélique qu’il avait fait sous le nom de ‘Jack Ellister’. Après l’avoir écouté, Sasa dit « Nous pourrions faire quelque chose ensemble » et la seconde d’après, ils branchèrent leurs synthétiseurs et commencèrent à enregistrer des extraits qui aboutirent en un premier EP ‘Aircraft One’, qui sortit sous l’aile de Bordello A Parigi six moix plus tard.

Si on pouvait inventer une danse pour votre musique, à quoi aimeriez-vous qu’elle ressemble ?

Jacek : Eh bien j’irais demander à l’un de ces mecs s’il n’a pas une petite idée funky pour en créer une :

Pour vous, ‘Si Jambo’ est une musique pour… ?

Jacek : … remuer les plumes de ses ailes et de sa queue.

Votre musique est imprégnée de rythmiques et de sonorités tirées/inspirées de dizaines de styles et cultures différents, si bien qu’on pourrait la qualifier de ‘fusion musicale multiculturelle’. Pensez-vous qu’elle puisse avoir un rôle éducatif pour les personnes qui l’écoutent ?

Jacek : oui, on peut apprendre beaucoup d’autres cultures. La musique peut être le meilleur moyen pour se familiariser à un mode de vie ou de pensée différent du notre. Il y a mémé certains gouvernements qui en abusent à des fins impérialistes pour s’imposer en tant que culture dominante. Heureusement, les gens en ont eu marre du mode de pensée unilatéral des media populaires et ont cherché des alternatives.

Si notre musique peut aider à diffuser ou à encourager l’ouverture d’esprit sur le monde alors c’est juste parfait.

Qu’est-ce qui vous fascine tant dans le fait d’opposer des polarités (combiner du matériel vintage au moderne, l’organique au synthétique, le traditionnel au futuriste, etc) ?

Jacek : ce n’est pas seulement le fait d’opposer mais plus de connecter des polarités. Créer des ponts pour les relier ou au moins essayer.

Sasa : je trouve assez ennuyant de faire toujours de la musique de la même façon. J’ai besoin d’avoir différentes options pour pouvoir exprimer mes idées, que ce soit sur cassette double face ou une station audionumérique (DAW) sur mon ordi. Parfois, je m’enregistre en train de jouer de la batterie ou j’allume l’arpégiateur sur le synthé et je l’écoute pendant une heure en le modifiant avec de vieux processeurs à effets ou alors je me fais une jam avec des congas. 

Un si gros concentré de sonorités pourrait facilement avoir un rendu chaotique. Pourtant, tout se fond en une mixture subtile et cohérente. C’est ce que représente le masque sur l’artwork de Si Jambo ? Un totem central symbolisant l’unité avec pour message « tout est bon » ?

Jacek : C’est une idée intéressante. Oui, on pourrait voir ça comme ça. Si on se base sur l’interprétation européenne de ce terme traduit de manière approximative, Si Jambo peut aussi se rapporter à la création même.

Ce ’totem’ est à la rencontre de deux formes cristallines qui viennent d’en haut et d’en bas et qui pourraient représenter le royaume de la pensée et celui du monde physique avec, au milieu, la matérialisation d’une idée. C’est aussi une idée qu’on retrouve dans la Genèse de l’ancien testament où, à la fin de chaque jour, Dieu observe sa creation en se disant que ‘cela est bon’.

C’est le message que vous souhaitez transmettre au monde ?

Jacek : J’aime l’idée d’un message de paix : bien s’entendre avec les autres, avoir du respect pour la nature, les animaux, l’être humain et toutes ses cultures et croyances. Réalisons que nous sommes tous sur un même morceau de roche qui vrille à travers l’univers et que nous n’avons aucune idée de sa provenance et de sa destination.

@Jacek : Mytron, Megatier, Chipbrowser, Caligula9 ……. un nom pour chaque facette de ta personnalité ?

Jacek : Haha… Où est-ce que vous avez trouvé tous ces noms ? C’étaient des noms de scènes marrant et éphémères. De tant à autres j’utilise Megatier Production en tant que nom de label quand je sors des prods en mon nom. Mytron était à la base un projet electro pop que j’ai lancé avec ma femme, Anne von Freyburg et on nous demandait régulièrement de faire des DJ sets. Quand Anne a commencé à se concentrer sur sa carrière artistique (les beaux arts), j’ai continué à utiliser Mytron pour mon projet de musique électronique.

@Sasa : Vu ta belle aventure musicale avec In Flagranti et Mytron & Ofofo, penses-tu que la formule duo soit la clé pour obtenir une fusion musicale idéale ?

Sasa : L’aventure avec In Flagranti marche toujours fort. J’ai toujours été impliqué dans pas mal de collaborations et je travaille souvent sur plusieurs projets en parallèle. En 2002, In Flagranti était un de ces projets qui a finalement bien décollé. Il y en a eu d’autres comme Oblio (Codek), Auf Togo (Leng records) oo Jary Menari (Muzic Box) qui ont eu leur petit lot de sorties mais qui n’ont pas eu le même impact. Mytron & Ofofo semble être dans l’air du temps avec un mélange de styles et de cultures qui semble bien réfléter le monde dans lequel on vit. Ce qui m’excite le plus dans ce type de collaborations, c’est que tu ne sais jamais où elle vont t’amener. On ne sait jamais dit qu’on allait faire les choses de telle ou telle façon, tout s’est fait naturellement.

Je ne pense pas que l’artiste ‘solo’ existe vraiment. Il y a souvent quelqu’un d’autre ou un groupe de personnes derrière chaque artiste. Regardez les chansons les plus connues… c’est toujours un travail d’équipe entre l’écriture, la production, etc.

Quelles leçons ou enseignements tirez-vous de tous ses styles et cultures que vous puisez?

Jacek : Toutes les cultures ont quelque chose d’unique qui doit être respecté. Mais, on trouve aussi beaucoup de similarités au travers de toutes les cultures. Il y a donc un terrain commun où toutes les cultures pourraient se lier les unes aux autres. La paix sur Terre serait bien plus simple à atteindre avec une approche basée sur le respect. Toute cette mentalité impérialiste et rabaissante est une des pires choses de l’humanité. Ce n’est pas naturel, ce sont les media et l’école dès notre plus jeune âge qui nous formatent ainsi.

Les styles de musique et les enregistrements anciens qu’on aime encore aujourd’hui nous montrent qu’il existe une certaine longévité qui peut aussi s’appliquer à d’autres branches musicales.

Dans le management moderne, on se focalise sur des solutions à cours terme, ce qui revient à remettre les problèmes au lendemain ou, encore pire, à le laisser empirer en se disant que le prochain venu s’en occupera. Les personnes qui pensent et agissent de cette façon n’assument pas les conséquences de leurs actes en tant qu’êtres humains.

J’ai un cousin qui travaille pour de grosses entreprises en tant que contrôleur financier. Il voit et connait bien les chiffres et les actions de chacune d’elles. On lui demande régulièrement ‘d’embellir’ ces chiffres pour les les potentiels investisseurs et rachats. Mais d’après lui, les beaux chiffres cachent une vraie pagaille. Aujourd’hui, les conseils municipaux et les gouvernements prenne un malin plaisir à imiter le management moderne, ça leur donne l’impression de bien faire les choses mais les résultats sont catastrophiques. Le manque de responsabilité du secteur financier et des partis populistes est flagrant. Ils savent comment vendre des choses aux gens mais laissent un vrai chantier derrière eux. Les gouvernements permettent ces choses là et voient les citoyens pour qui ils sont censés travailler comme de simples numéros. Voilà comment on en arrive à une société de méfiance et de haine.

Il faut être conscient de ces choses là et ne pas se laisser entrainer vers ce genre de mentalité. A long terme, c’est l’idéalisme pur qui sert l’humanité qui nous gardera en vie sur cette planète.

Est-ce que vous recherchez quelque chose en particulier quand vous chinez des nouveaux sons pour vos sets/créations ? 

Jacek : En tant que DJs, notre rôle et de pouvoir réveiller une certaine humeur ou émotion chez les gens et c’est toujours intéressant de pouvoir créer des instant uniques pendant un set. De cette façon, la musique devient un outil, et j’adore trouver des outils intéressants. Mais en général, lorsque je ressens de l’excitation en écoutant une nouvelle track, il me la faut absolument. Donc l’enthousiasme personnel est un de mes critères majeurs, en espérant qu’il se traduise bien sur la piste de danse et qu’il sonne et résonne dans les oreilles des auditeurs.

Sasa : Une chose en inspire toujours une autre… Tout comme la musique qu’on produit en tant que Mytron & Ofofo m’inspire à aller chercher un autre type de musique qui colle à notre identité sonore pour inspirer nos prochaines prods. 

Quels sont pour vous les labels qui se démarquent en termes de sonorités et d’innovation musicale ? 

Jacek : L’innovation musicale est partout, elle vient du besoin d’inspiration que ressentent les créateurs en tout genre.

 

Interview réalisée & traduite par Rémi Taranta

Avec la collaboration de Nova Lyon, Baptiste Pinsard (Tushen Raï) et Guillaume Moneyy (Klaaar).